Tu as la parole

La liberté d'expression d'aujourd'hui vue par un journaliste

Le journaliste Alexander Haneke parle de l'anéantissement progressif de la liberté d'expression et du métier de journaliste en Turquie. Spécialiste de la rubrique politique au quotidien Frankfurt Allgemeine Zeitung, il analyse la liberté d'expression des journalistes au coeur de la problématique.  MARGAUX PROST ET LOUISE WALTER

Alexander Haneke, "Frankfurter Allgemeine Zeitung"

Alexander Haneke, "Frankfurter Allgemeine Zeitung" © mediacampus frankfurt

Comment ressentez-vous la mort de certains journalistes en Turquie ?

En tant que journaliste, on se sent personnellement concerné. On s'identifie à ces personnes qui font le même travail que nous, mais simplement dans d'autres pays. Avec les attentats de Charlie Hebdo, tous mes collègues et moi nous sommes sentis visés en personne, car c'était un attentat contre notre métier, contre le fait que tout le monde puisse dire et écrire ce qu'il pense. Et c’est cette liberté qui est essentielle pour notre manière de vivre et de penser. Mais les arrestations et les meurtres de ces journalistes en Turquie concernent également les gens d'une façon plus générale, car ils sont liés à notre propre liberté : cela permet de savoir à quel point la société est libre. Et aujourd'hui en Turquie, cette liberté n'existe plus.

"Aujourd'hui en Turquie, la liberté d'expression n'existe plus."

Vous est-il déjà arrivé de vous auto-censurer pour éviter la répression de la liberté d'expression ?

Je pense que ce n'est le cas de personne en Allemagne, mais peut être pour certains journalistes allemands qui sont en Turquie. Il faut toujours réfléchir à la signification d’un détail que l'on veut mentionner, car il peut soit nous mettre en danger, soit mettre notre travail en danger. Tous les jours, il faut prendre des décisions. Est ce que je risquerai un jour de ne plus pouvoir travailler en Turquie ? Dans ce genre de travail quotidien, on doit parfois faire des compromis.

Comment vous positionnez-vous face aux journalistes qui défendent leur métier et la liberté d'expression dans des pays dont les régimes y sont très hostiles ?

J'admire les personnes qui risquent réellement quelque chose pour le simple fait d'être journaliste. En Allemagne, c'est un métier facile pour lequel on ne prend pas de risques, la famille d'un journaliste n'est pas en danger comme elle peut l'être autre part, et c'en est presque honteux. Ce que font beaucoup de collègues dans d'autres pays est héroïque, et on ne pourra jamais assez honorer leur courage. Et puis, être à la fois concis et concret dans son travail reste une grande motivation. 

© mediacampus frankfurt

Alexander Haneke est un journaliste allemand qui a fait des études de droit à Berlin et à Paris. Il travaille à la rédaction d´information du „Frankfurter Allgemeine Zeitung“ (F.A.Z.) au niveau politique depuis 2014, où il s'occupe de la politique intérieure et de la politique de droit. Louise et Margaux ont quitté le milieu journalistique et sont allées poser des questions aux gens près de l'ancienne banque européenne, dans le centre d'affaires de Francfort.

Pour les personnes interviewées, le rôle d'un journaliste est de collecter des informations pour les communiquer au public. Mais il ne doit pas avoir de préjugés, être le plus neutre et sincère possible face aux événements pour ne pas influencer le public et cela, même si les informations ne plaisent à tout le monde. Le journaliste participe à la liberté d'expression parce qu'il représente tous les avis. Il aide son public à se construire sa propre réflexion et contribue à la libéralisation de sa pensée. Il peut avoir un avis différent de celui qui le lit, le regarde ou l'écoute, mais cela fait partie de la liberté d`expression.  

Aujourd´hui, le métier de journaliste en Allemagne suscite des réactions différentes. Certaines personnes pensent qu'il n'est pas dangereux, mais d'autres s'accordent à dire qu‘il le devient à cause de la montée des extrêmes en Europe et des réactions hostiles à l‘encontre des réfugiés.

A l'étranger, dans des pays tels que la Russie ou la Syrie, certains journalistes veulent rapporter ce qu'il se passe là-bas ; quelle est la situation des habitants ou comment se comportent les soldats. Toutes les personnes interrogées considèrent que la situation à l’étranger est plus dangereuse qu'en Allemagne.   

La tâche du journaliste devient donc de plus en plus difficile à mesure que le contexte actuel se complexifie. La liberté d'expression n'est plus en sécurité.

Dieser Artikel ist im Rahmen des Jugendcamps Du hast das Wort / Tu as la parole entstanden. Hier finden Sie alle Artikel der Teilnehmer: Du hast das Wort.

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